Visite d’État en France de Sa Majesté le roi Willem-Alexander - Discours lors du dîner du 10 mars 2016

Monsieur le Président,

‘Me tenant comme je suis, un pied dans un pays et l’autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu’elle est libre.’

Ces mots sont de René Descartes; on peut les lire sur la façade de sa maison, au 14 de la rue Rollin, à Paris.

L’autre pays dont il parle, c’est le nôtre, les Pays-Bas, où il a passé et travaillé une grande partie de sa vie.

Cette affinité dont parle Descartes, ma femme et moi la partageons. Nous sommes très heureux d’être ici, et nous vous remercions de votre accueil ainsi que de vos paroles chaleureuses. Cette visite d’État souligne la relation spéciale et l’amitié entre nos peuples.

Le rayonnement de la France se fait aussi sentir chez nous, au nord du Nord. L’affection de nombreux Néerlandais pour votre pays est profonde. La France est une nation fière, dont l’histoire et la culture interpellent notre imagination. Elle est plus qu’un grand et beau pays au cœur de l’Europe. La France est une source d’inspiration, une voix qui nous rappelle à des valeurs essentielles.

C’est aussi pourquoi les Néerlandais ont été profondément touchés par les attentats à Paris en janvier et en novembre 2015. C’est pourquoi nous avons partagé votre chagrin et votre colère après ces attaques contre la liberté et l’ouverture de notre société; et c’est pourquoi nos monuments, dont le palais royal d’Amsterdam, ont arboré les couleurs bleu-blanc-rouge.

Monsieur le Président, au lendemain des attentats, vous avez parlé d’une France déterminée, d’une France unie, d’une France rassemblée.

Permettez-moi d’ajouter, au nom du Royaume des Pays-Bas: une France entourée de ses amis.

Nous savons que les plaies sont profondes et que vous faites l’impossible, avec bien d’autres dans votre pays, pour une société libre et sûre. Aussi, nous réaffirmons notre solidarité et répétons que nous croyons dans les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Soyons fiers de notre culture européenne dans toute sa diversité, et de notre mode de vie!

Mais cette fierté ne nous dispense pas du devoir d’honnêteté. Nous n’avons pas encore la bonne réponse à des questions pressantes.

Je pense à l’afflux massif de migrants, un défi que nous pourrons uniquement relever ensemble. Pour cela, il nous faut regarder au-delà des frontières européennes, car notre sécurité est liée à celle des populations des régions qui nous entourent. Nos deux pays mesurent toute la complexité de cette situation à travers leur engagement au Mali et en Irak et depuis quelques semaines, aussi in Syrie.

Il reste aussi beaucoup à faire à l’intérieur de nos frontières. La liberté ne doit pas devenir synonyme d’indifférence au sort de nos concitoyens vulnérables. Elle exige au contraire ouverture et contacts humains, dans l’entourage proche. Elle exige aussi que tous les citoyens aient des perspectives d’éducation et d’emploi. Vous insistez à juste titre, Monsieur le Président, sur l’importance de la création d’emploi et de la croissance.

L’économie doit servir le bien-être. Il nous incombe de moderniser et de consolider les économies européennes afin qu’elles soient porteuses pour les jeunes générations. Cela passera par de nombreuses réformes difficiles.

Il en va de même pour la transition vers un monde plus durable. À cet égard, Monsieur le Président, l’importance de votre pays a été clairement réaffirmée, en décembre dernier. Lors de la COP 21, la France a en effet su gagner l’adhésion mondiale à un accord sur le climat qui a dépassé les attentes.

La France apporte au monde son leadership et son courage, ainsi que les fruits de sa civilisation et de sa culture.

La culture gagne à être partagée. Nous pouvons donc nous réjouir de notre coopération intensive en ce domaine. Une coopération symbolisée par les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit, magnifiquement peints par Rembrandt. Ils resteront ensemble. Ils auront  ‘un pied dans un pays et l’autre en un autre’, comme Descartes...

Bien sûr, nous aurions aussi aimé partager notre culture sportive avec vous... Mais les Pays-Bas seront hélas absents de l’Euro 2016 de foot en France.

Mesdames et messieurs, je vous invite à lever le verre avec moi.

À votre santé, Monsieur le Président,

À notre confiance en l’avenir,

et à la fraternité franco-néerlandaise!