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Discours du trône 2016

Mesdames et Messieurs les membres des États généraux,

Ces dernières années, les Pays-Bas ont renoué avec la stabilité. Nous avons laissé derrière nous la crise économique et financière. Notre pays est prospère et agréable à vivre en regard de beaucoup d’autres. Les services publics et les infrastructures sont de bonne qualité, et l’État de droit solide. Nous avons de quoi être fiers et pouvons continuer à bâtir sur cette base.

En même temps, inquiétude et malaise semblent caractériser notre époque prise dans le tourbillon du quotidien. Face aux événements mondiaux, il est compréhensible que nous soyons préoccupés et que nous nous raccrochions à ce qui nous est familier. La menace terroriste internationale, l’instabilité aux frontières de l’Europe, la question des réfugiés et les incertitudes économiques sur le marché mondial sont de réels problèmes dont l’impact sur la vie quotidienne est important.

Ce n’est cependant pas la première fois dans notre histoire qu’il nous faut chercher la parade à des évolutions inquiétantes et imprévisibles. Ce ne sera pas non plus la dernière fois que nous trouverons ces solutions ensemble. L’ancien Premier ministre Piet de Jong, disparu récemment, qui avait érigé en art la gestion sereine de l’agitation et du changement, parlait souvent de la nécessité d’un « progrès pérenne ». Il a déclaré un jour : « Il revient au gouvernement d’anticiper l’avenir et d’engager le plus vite possible les transformations nécessaires pour saisir les chances qu’il offre ».

Ce gouvernement a engagé ses travaux dans la conviction que des finances publiques saines et une économie forte constituent la base nécessaire à un système de protection sociale solide et solidaire, à la qualité de la santé publique et de l’enseignement, ainsi qu’à l’excellence des autres services publics pour les générations futures. Au fil des grands changements survenus, l’objectif de la politique gouvernementale est resté le même : faire en sorte que le progrès, l’innovation et la croissance économique puissent continuer à aller de pair avec la protection, la solidarité et le souci d’autrui – dans la meilleure tradition de notre pays.

Il y a quelques années, ces acquis étaient menacés. L’économie était en récession, le déficit budgétaire frôlait les 4 % et le nombre de demandeurs d’emploi atteignait un sommet de 700 000, soit environ 8 % de la population active. En outre, les prix de l’immobilier avaient fortement baissé, le financement de notre régime général d’assurance vieillesse était en péril et les coûts de la santé augmentaient chaque année bien plus vite que le revenu national.

Notre pays se trouve aujourd’hui dans une situation beaucoup plus favorable et évolue de nouveau dans le peloton de tête en Europe : il s’agit d’une performance collective. Nous avons su surmonter les divergences politiques et concilier les différents intérêts sociaux. Jamais auparavant autant de réformes fondamentales n’avaient été lancées simultanément, souvent avec le soutien des partis d’opposition et des organisations de la société civile. Nombreux sont les domaines concernés : les soins de santé, l’enseignement, le marché du travail et du logement, l’assurance vieillesse, l’énergie et le secteur financier. Cela a demandé de grands efforts de chacun d’entre nous. Beaucoup ont dû faire des sacrifices financiers et se montrer prêts à accepter des changements dans leur vie quotidienne. Sans la persévérance, le travail acharné et l’esprit d’entreprise propres à la population néerlandaise, le résultat ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Depuis quelques années, l’économie néerlandaise connaît de nouveau une croissance solide. Malgré le Brexit, le taux de croissance attendu pour 2017 s’établit à 1,7 %. Le marché de l’immobilier a retrouvé son dynamisme et la hausse des coûts des soins de santé a été limitée. L’an prochain, le déficit budgétaire, en baisse, atteindra 0,5 % tandis que la dette baissera rapidement jusqu’à environ 60 % de notre revenu national.
Nous allons donc retrouver une certaine marge de manœuvre. Le nombre de ménages dont l’emprunt immobilier est supérieur à la valeur du logement est en baisse, ce qui va favoriser la mobilité. Les locataires bénéficieront de la hausse de l’allocation logement. La confiance dans l’avenir incitera les entrepreneurs à renforcer leurs investissements dans le personnel et la modernisation de leur entreprise. Et le train de vie des familles augmentera.

De plus en plus de personnes retrouvent du travail. Depuis 2014, plus de 225 000 emplois ont été créés. Petit à petit, le chômage s’est rétracté jusqu’à 5,8 % et les chômeurs de plus de 45 ans sont plus nombreux à retrouver du travail, ce qui est encourageant. Le nombre de jeunes qui travaillent est à son plus haut niveau en sept ans. La mise en œuvre des accords passés avec le patronat sur l’emploi des personnes handicapées avance rapidement. Mais la participation au marché du travail augmente aussi en raison de la volonté et de la capacité de travailler d’un nombre croissant de Néerlandais. Cela signifie que le nombre de chômeurs diminue moins vite que prévu. La lutte contre le chômage – en particulier de longue durée – reste donc une priorité.

Le gouvernement a convenu d’un certain nombre de mesures ciblées avec les partenaires sociaux. Les règles relatives au travail saisonnier seront ainsi assouplies et les chômeurs de plus de 50 ans bénéficieront d’un soutien renforcé dans leur recherche d’emploi. Le salaire minimum jeunes sera supprimé en deux étapes pour les plus de 21 ans, car les jeunes méritent eux aussi un salaire à part entière. Les employeurs recevront une compensation afin de parer aux effets négatifs pour l’emploi.

Les risques et incertitudes inhérents à notre économie ouverte et orientée vers l’international viennent principalement de l’étranger. Le ralentissement de la croissance dans les grands marchés émergents comme la Chine et le Brésil se fait sentir chez nous. La perspective du Brexit est aussi source d’incertitude en Europe et touche directement les Pays-Bas. Le Royaume-Uni est un important partenaire commercial et sa sortie de l’UE aura un coût en emplois, y compris dans notre pays. L’objectif du gouvernement est de conserver de solides relations économiques.
La coopération européenne est indispensable à notre économie ouverte. Au sein de l’Union européenne, les Pays-Bas continuent à miser sur la croissance et l’emploi. Il est dans l’intérêt de notre pays de favoriser la stabilité de l’euro, une union bancaire robuste et efficace et un marché intérieur solide et juste, garantissant un salaire égal pour un travail égal au même endroit.

Les évolutions positives en termes financiers et économiques permettent de dégager progressivement de nouvelles marges de manœuvre pour augmenter les revenus et effectuer des investissements ciblés. En hausse cette année, le pouvoir d’achat augmentera de nouveau l’année prochaine pour les actifs, les personnes âgées et les allocataires sociaux, ce qui est un motif de grande satisfaction. Le gouvernement veille ainsi à une répartition équilibrée du pouvoir d’achat. L’allocation de soins de santé sera augmentée. Une enveloppe supplémentaire de 200 millions d’euros incitera les jeunes parents à utiliser les structures d’accueil de la petite enfance, ce qui leur permettra de combiner plus facilement vie professionnelle et vie privée. Il est important que les enfants défavorisés puissent participer aux voyages scolaires, devenir membre d’un club de sport ou suivre des cours de musique : le gouvernement réservera à cet effet un montant de 100 millions d’euros. Certaines restrictions budgétaires, à hauteur d’un demi-milliard d’euros, prévues dans le domaine des soins de longue durée aux personnes âgées et handicapées seront annulées. L’enseignement recevra des moyens supplémentaires en vue de favoriser l’égalité des chances. L’aide spécifique accordée à l’enseignement secondaire professionnel pour financer par exemple les tenues de travail, les outils et les logiciels sera augmentée.
D’importants investissements doivent être faits dans la transition énergétique, la durabilité, l’accessibilité et l’éducation. Les PME doivent aussi trouver de nouvelles sources de financement de leur croissance. Le gouvernement fera des propositions pour améliorer le soutien nécessaire à ces investissements.

Investir dans l’avenir signifie aussi résoudre les problèmes sismiques dans la province de Groningue. Les conséquences de ces tremblements de terre sont graves, et le gouvernement veut collaborer avec tous les habitants concernés à la recherche de solutions. La réduction de moitié de l’extraction de gaz par rapport à 2012 et la consolidation des habitations et autres immeubles permettront de limiter les risques.
Le changement climatique oblige à innover et à réaliser d’importants investissements dans les sources d’énergie durables comme l’éolien, l’hydraulique et le solaire. Les engagements en matière d’énergie abordable et propre ont été fixés dans l’accord sur l’énergie. Ils ne profitent pas seulement à l’environnement mais créent aussi des emplois et des perspectives pour les entreprises néerlandaises.
Pour répondre à la situation en matière en sécurité, près de chez nous et ailleurs dans le monde, le gouvernement attribuera de nouveau en 2017 une rallonge budgétaire à la défense, à la police, à la justice et au ministère public. Le budget des armées, en hausse progressive depuis 2014, bénéficiera ainsi d’une majoration durable qui atteindra 870 millions d’euros en 2020.

Les chiffres de la criminalité sont en baisse continue, et le gouvernement maintiendra son engagement en faveur de la sécurité. À partir de 2017, il ajoutera une enveloppe de 450 millions d’euros à la rallonge de 250 millions attribuée depuis 2016 au secteur de la sécurité. Cet effort supplémentaire donnera plus de facilités aux personnes chargées de notre sécurité quotidienne pour accomplir leurs missions : de l’îlotier aux unités de lutte contre le terrorisme, du procureur au surveillant de prison.

Cette année, le monde a de nouveau été secoué par d’horribles attentats terroristes qui ont semé la désolation et la souffrance. La France, la Belgique, l’Allemagne et la Turquie, entre autres, ont été durement touchées.

Nous n’accepterons d’aucune manière que des terroristes menacent notre liberté, notre sécurité et nos valeurs démocratiques. Le programme intégral d’action contre le djihadisme prévoit des mesures préventives et répressives à cette fin. Pour éradiquer le terreau de la radicalisation aux Pays-Bas, le gouvernement mise notamment sur la promotion de la citoyenneté active dans les écoles. Les candidats au djihad pourront plus difficilement quitter notre territoire et leurs allocations seront coupées. Ils seront poursuivis et, en cas de condamnation, encourront la déchéance de la nationalité néerlandaise.

La coopération européenne est capitale pour lutter contre le terrorisme. Au sein de l’Union européenne, nous œuvrerons sans relâche à l’amélioration de l’échange d’informations entre services de renseignement et autorités judiciaires, à la surveillance conjointe des frontières, à l’asséchement des flux de financement du terrorisme et au renforcement de la cybersécurité.

Hors d’Europe, les Pays-Bas continueront à déployer moyens politiques, militaires et humanitaires pour contribuer à la lutte contre Daech en Syrie et en Irak. Là comme ailleurs dans le monde, nos soldats et nos travailleurs humanitaires remplissent une mission importante, dans des conditions difficiles, au service de la stabilité internationale et des populations opprimées.

Le gouvernement a mené, en étroite collaboration avec les territoires caraïbes, une campagne réussie pour l’obtention d’un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Les Pays-Bas ont pour objectif majeur d’œuvrer à une réforme des Nations unies. Les priorités doivent être l’approche intégrée de la paix, de la sécurité et du développement, la prévention des conflits et la protection des citoyens.

La guerre et le terrorisme chassent des populations de leur foyer et les exposent à un avenir incertain. Durant la présidence néerlandaise de l’Union européenne, au premier semestre 2016, beaucoup a été mis en œuvre pour maîtriser les flux de réfugiés depuis la Syrie et d’autres pays en difficulté. Cette action repose sur trois piliers : amélioration des conditions d’existence et lutte contre les violences sur place pour éliminer les raisons de partir ; accueil des réfugiés dans la région d’origine ; lutte contre le trafic de migrants empruntant des routes maritimes dangereuses. Les Pays-Bas contribuent par exemple à hauteur de 260 millions d’euros à un meilleur accueil dans la région.

En mars 2016, des accords ont été conclus avec le gouvernement turc visant à endiguer et à réguler les flux de réfugiés. Ils se sont traduits par une réduction substantielle des demandes d’asile en Europe et du nombre d’atroces noyades lors de la traversée entre la Turquie et la Grèce sur des embarcations improvisées. La poursuite de la mise en œuvre de ces accords devra faire l’objet de l’attention nécessaire.

Les Pays-Bas offrent la possibilité de s’intégrer et de se sentir chez soi à toute personne qui peut y prétendre. Les demandeurs d’asile se voient proposer des structures d’accueil sobres mais décentes. Nous y sommes parvenus l’année passée grâce aux efforts des collectivités locales, des instances d’aide et de nombreux bénévoles. Pour qui veut construire son avenir ici, l’apprentissage de la langue et la participation sociale sont indispensables. Nous attendons de tout un chacun qu’il se lie volontairement et réellement à notre pays en acceptant son mode de vie. La déclaration de participation sera obligatoire à partir de 2017. L’ouverture du bénévolat aux demandeurs d’asile sera l’une des mesures destinées à promouvoir leur intégration et leur participation.

Les nombreuses initiatives privées prises au niveau local pour faciliter l’inclusion sociale des demandeurs d’asile sont représentatives de la mentalité néerlandaise. Il est cependant logique que des inquiétudes s’expriment dans notre société face à l’arrivée d’importants groupes de réfugiés. Nous nous interrogeons sur l’ampleur des différences de culture, de normes et de valeurs, et sur la capacité de nos services publics à faire face.

Aux Pays-Bas, certaines valeurs démocratiques comme la séparation de l’Église et de l’État, la liberté d’expression et la liberté de religion sont le fruit d’une longue lutte. Les femmes et les hommes sont égaux devant la loi et nous ne faisons aucune distinction fondée sur la race, la religion ou l’orientation sexuelle. Toute personne qui veut vivre dans notre pays doit respecter ces valeurs. Il n’est demandé à personne de renier ses origines ou sa culture, mais il n’est pas question de remettre en cause les normes inscrites dans la Constitution, et l’intimidation et la violence seront sévèrement réprimées.

Mesdames et messieurs les membres des États généraux,

Les Pays-Bas sont un pays fort dans un monde instable. Les résultats obtenus ensemble ces dernières années nous permettent d’envisager l’avenir avec confiance. Il serait déraisonnable de sous-estimer l’insécurité internationale et les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais l’histoire nous enseigne que le progrès pérenne est possible en œuvrant ensemble à des solutions, dans notre pays et avec nos partenaires internationaux.

Ainsi se dessinent les contours de votre travail durant l’année parlementaire qui s’ouvre aujourd’hui. Puissiez-vous remplir votre mission en sachant que beaucoup vous souhaitent la sagesse nécessaire et se joignent à moi pour prier que vous soient données la force et la bénédiction de Dieu.

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