Discours du trône 2018

Mesdames et messieurs les membres des États généraux,

Les commémorations des 75 ans de la Libération commencent avec cette nouvelle année parlementaire. À l’automne 1944, l’occupant a été repoussé hors des provinces du sud des Pays-Bas. Le nord des fleuves a encore dû affronter ce que nous appelons l’hiver de la faim avant que l’hymne national ne résonne à nouveau.

De tels moments de mémoire nous permettent de mesurer la solidité du pays depuis la reconstruction. Solide par sa prospérité, son esprit d’entreprise et la sécurité socioéconomique qu’il offre. Solide grâce aux valeurs démocratiques ancrées dans notre État de droit : égalité, tolérance, liberté et sécurité juridique. Solide enfin grâce aux dispositifs de soins, d’éducation et de logement. Ainsi se décline l’histoire du progrès et du mieux-vivre dans l’après-guerre. En dépit de périodes de récession, la tendance reste au progrès.

Le gouvernement entend renforcer encore ces solides bases. Les conditions économiques sont réunies. 2019 sera la sixième année de croissance ininterrompue. Selon les prévisions, le revenu national augmentera de 2,6 % et l’excédent budgétaire sera de 1 %. La dette publique sera ainsi allégée et notre pays mieux préparé à de futurs chocs économiques. Le taux de chômage atteindra un niveau historiquement bas de 3,5 %.

Le moment est donc venu de fixer un nouveau cap et de faire des choix porteurs de perspectives et de garanties pour l’immédiat et pour les générations suivantes. Nous devons être plus nombreux à ressentir dans notre vie quotidienne que les choses vont bien : à la maison, au travail et dans le quartier. Nous devons de nouveau percevoir que la politique s’adresse à tout le monde. Les interrogations ne manquent pas : pouvons-nous – et nos enfants avec nous – continuer à compter sur des soins de qualité, un logement abordable, un emploi, un bon système d’enseignement, un quartier sûr, un cadre de vie agréable et une bonne retraite ? Et il est une question qui ne peut pas se mettre en équation : vivons-nous vraiment ensemble aux Pays-Bas ou trop les uns à côté des autres ? Améliorer constamment le pays ne va pas de soi, cela exige des réformes et un entretien permanent. Bâtir la confiance dans l’avenir est un chantier de longue haleine.

La construction d’une société cohésive est l’affaire de tous. Précisons que beaucoup de choses vont bien. Riche d’un tissu social composé de bénévoles, d’églises et d’associations, notre pays aime à se rassembler autour de performances sportives exceptionnelles et lors de fêtes nationales. C’est là où les choses ne vont pas que le gouvernement veut agir. Cela ne se fera pas avec un programme ou une loi unique, car la cohésion sociale relève de tous les domaines d’action politique et de tous les niveaux administratifs.

Le gouvernement prendra des initiatives pour lutter contre l’isolement des aînés et redonner des perspectives aux groupes vulnérables. Nous ne pouvons nous résigner à ce que plus de la moitié des plus de 75 ans disent se sentir isolés. Nous ne pouvons pas non plus accepter que les personnes surendettées, celles souffrant de troubles du comportement et un nombre croissant de jeunes SDF soient relégués aux marges de notre société. L’État veut former de larges coalitions avec les provinces, les communes et d’autres instances locales pour sortir ces personnes de leur isolement et leur donner une nouvelle chance.

Le gouvernement investira aussi en faveur de la conscience historique et de la diversité culturelle. Le patrimoine et la culture sont les témoins de notre passé, nous renvoient l’image du présent et sont porteurs d’une grande signification pour l’avenir de notre pays. Une enveloppe supplémentaire de 325 millions d’euros sera affectée au patrimoine durant la présente législature. Le budget annuel pour la culture augmentera d’un montant atteignant 80 millions d’euros en 2020. Cela facilitera l’éclosion de nouveaux talents artistiques et permettra à tous les enfants de visiter un musée durant leur scolarité.

Bâtir une société cohésive, c’est bien entendu aussi se soucier d’intégration. Les propositions de réforme du système d’intégration civique prévoient que les personnes ayant obtenu l’asile cherchent immédiatement un emploi et apprennent au plus vite le néerlandais. Le travail et la maîtrise de la langue sont en effet les voies les plus directes vers la pleine participation sociale.

La dynamique sociale profitera l’année prochaine de l’augmentation du pouvoir d’achat, tant pour le vaste groupe intermédiaire au revenu médian que pour les personnes âgées et les allocataires sociaux. Les salaires augmentent. Les gens retrouvent un emploi, font carrière ou travaillent davantage. Et la modernisation de notre système fiscal va augmenter l’attractivité financière du travail. Les taxes sur la consommation vont légèrement augmenter, ce qui permettra d’alléger les charges fiscales sur le travail. Au final les ménages verront leur revenu net augmenter.

La conjoncture économique favorable offre la possibilité de renforcer et de moderniser la structure socioéconomique de notre pays. Le projet de loi sur l’équilibre du marché du travail a pour but de rendre l’embauche en CDI moins risquée pour les employeurs. Le gouvernement entend par ailleurs lutter contre le dévoiement de l’auto-entrepreneuriat, sans barrer la route à ceux qui choisissent délibérément ce statut. Parce qu’un marché du travail moderne doit tenir compte des circonstances personnelles, le congé naissance passera de deux jours à six semaines maximum pour le ou la partenaire. Trop de personnes handicapées sont encore exclues. Le gouvernement lancera une vaste offensive pour augmenter leurs chances d’obtenir un emploi à part entière. Le travail doit être financièrement attractif, y compris pour ce groupe.

Le système de retraite actuel déçoit toujours plus les attentes collectives. L’allongement de l’espérance de vie, l’évolution du marché du travail et la faiblesse persistante des taux d’intérêt ont révélé ses failles. Le gouvernement entend mettre sur pied avec les partenaires sociaux un système de retraite affranchi de ses faiblesses tout en conservant ses points forts, comme sa mise en œuvre collective et la mutualisation des risques.

Les Pays-Bas ont depuis longtemps un climat favorable à l’implantation d’entreprises et doivent le garder. C’est aussi pour cette raison que nous continuerons à investir dans l’éducation, l’innovation, la recherche et l’attractivité du cadre de vie. Deux milliards d’euros supplémentaires seront consacrés durant l’actuelle législature à la mise à niveau des infrastructures. Ils seront affectés au désengorgement du réseau routier, au renforcement de la sécurité routière et à l’amélioration des transports publics. Des mesures fiscales seront prises pour accroître l’attractivité de notre pays pour les grandes entreprises et les PME. L’impôt sur les sociétés sera allégé et celui sur les dividendes supprimé. Nous voulons récompenser les activités économiques réelles et n’attirer dans notre pays que les sociétés qui apportent quelque chose à notre économie. C’est pourquoi nous lutterons contre l’évasion fiscale telle que pratiquée par les sociétés fictives.

La conjoncture économique favorable permet aussi d’investir dans les équipements et les professions qui forment les fondements d’un pays fort. Nous le ferons en conciliant l’intérêt des soignants et celui des patients. En améliorant la situation des enseignants comme celle des élèves. En accroissant le nombre d’agents de police et la sécurité dans la rue. En reconnaissant la grande importance de l’action de nos militaires à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Et en respectant nos cultivateurs, maraîchers et pêcheurs qui se chargent, parfois dans des conditions difficiles, de notre alimentation.

Le gouvernement présentera des mesures visant à renforcer le lien entre agriculture et nature. Par ailleurs, un fonds sera créé pour les jeunes agriculteurs qui désirent reprendre l’exploitation de leurs parents.

Durant l’exercice budgétaire précédent, des moyens supplémentaires ont été affectés aux soins aux personnes âgées, de sorte qu’elles puissent compter sur le temps et l’attention nécessaires à de bons soins, à domicile et en établissement de long séjour. Cette rallonge sera étoffée pour arriver à environ 3 milliards d’euros par an durant la présente mandature. Nos enfants et petits-enfants ont eux aussi droit à des soins de qualité et accessibles à tous. Nous devons dès à présent œuvrer à cette fin, car le nombre de personnes âgées augmente et le développement de nouveaux traitements et techniques médicales se poursuit. Les soins représentent plus de 25 % des dépenses publiques. C’est pourquoi nous avons conclu de nouveaux accords sur la qualité et l’encadrement de la croissance des coûts avec les hôpitaux, les généralistes, le personnel infirmier à domicile et le secteur de la santé mentale.

L’enseignement professionnel préparatoire à vocation technique recevra davantage de moyens pour répondre à la forte demande de personnel technique. Le gouvernement accordera en outre une forte rallonge budgétaire à l’éducation préscolaire pour renforcer l’action en faveur des jeunes enfants risquant d’accuser un retard scolaire. Pour remédier au manque d’enseignants, une enveloppe budgétaire sera consacrée à l’augmentation des salaires dans l’enseignement primaire, à l’allégement de la charge de travail des enseignants et à la réduction de moitié des frais d’inscription pour les deux premières années de formation des professeurs. La pénurie d’enseignants exige une action concertée et la coopération de tous les acteurs concernés.

Nous devons intensifier la lutte contre la grande criminalité organisée. Les criminels ne tirent pas les ficelles dans notre État de droit. Nous ne baisserons pas les bras face à la dégradation de l’espace public, aux règlements de comptes et à la criminalité liée au trafic de drogue qui, en certains endroits de notre pays, confine à l’activité industrielle. Mille cent agents supplémentaires seront engagés et pour la plupart affectés à la police de proximité. L’imbrication de la criminalité et des activités légales constitue un problème grandissant, que nous combattrons grâce à la création d’un fonds spécial. Des moyens supplémentaires seront aussi affectés à la cybersécurité, car il est nécessaire de protéger l’infrastructure numérique de notre pays.

Nos militaires ont pour mission importante d’assurer notre sécurité à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières. Après des années de réductions budgétaires, l’inflexion à la hausse des dépenses militaires se poursuivra en 2019 et s’intensifiera ensuite pour atteindre 1,5 milliard d’euros par an à la fin de la présente mandature. Cela représente une augmentation de 17 % du budget de la défense. Cet investissement nécessaire permettra à notre armée de mieux remplir sa mission constitutionnelle : la protection de notre Royaume.

La surchauffe du marché immobilier pose un gros problème. Dans les grandes villes en particulier, les logements financièrement abordables manquent et les primo-accédants peinent à se faire une place. Il existe une forte demande de logements au loyer compris entre 700 et 1 000 euros par mois. Le gouvernement œuvrera avec les municipalités, les organismes de logement social et les constructeurs à mieux utiliser le parc existant, à réprimer les dérives sur le marché locatif et à combler le retard dans la construction de logements. Nous tablons sur une moyenne annuelle de 75 000 logements neufs. Il va de soi que le problème ne se résoudra pas d’un coup de baguette, mais il est indéniablement nécessaire d’inverser la tendance.

Cette nécessité s’impose aussi pour la politique climatique. Nous ne devons pas léguer de dette environnementale aux générations suivantes, de même que nous ne pouvons leur laisser une dette publique insoutenable. La réalité veut que la politique climatique touche à notre mode d’habitat, de travail et de vie. Mais une politique climatique ambitieuse peut aussi profiter à la force innovatrice des Pays-Bas. Des représentants de l’industrie, du secteur énergétique, de l’agriculture, des organisations de défense de la nature et des entreprises logistiques ont présenté cet été une proposition définissant les grandes lignes d’un accord climatique. Lors de son élaboration plus avant, le principe sera d’arriver à une transition vers des sources d’énergie et des méthodes de production plus propres qui soit réalisable et abordable pour tous. Nous ne pourrons négocier ce grand virage qu’en agissant ensemble. La proposition de loi sur le climat présentée par le Parlement montre que cela est possible.

L’urgence de la transition énergétique ne fait que croître après la décision de cesser aussi vite que possible l’extraction de gaz en Groningue. Le gouvernement entend ainsi rendre justice aux habitants de cette région frappée par les tremblements de terre. Bien entendu, cela ne résout pas d’un coup tous les problèmes. C’est pourquoi le gouvernement prendra d’autres mesures concrètes pour indemniser les sinistrés et renforcer l’économie locale.

De nombreux objectifs ne pourront être atteints que par une action concertée de l’État, des provinces, des communes et des wateringues. La transition énergétique, la sécurité sur la voie publique, la vitalité et la qualité de vie des régions rurales, mais aussi la lutte contre la violence domestique et la maltraitance infantile sont autant de questions qui exigent la coopération entre les différents niveaux administratifs. Le rôle des autorités locales gagne en importance et en substance. Les ressources supplémentaires accordées au Fonds des provinces et des communes les aideront à la bonne exécution de leurs missions.

Mesdames et messieurs les membres des États généraux, l’histoire d’après-guerre montre qu’on ne peut bâtir un pays solide sans porter le regard vers l’extérieur. Le maintien de notre prospérité et de notre sécurité repose sur l’adhésion de notre pays aux structures internationales. Portés par ce principe, nous sommes membre actif de l’OTAN, des Nations unies, de l’Union européenne et d’autres organisations comme l’Organisation mondiale du commerce.

L’ordre multilatéral instauré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est aujourd’hui malmené. Les menaces contre l’ordre juridique international et le libre-échange mondial sont légion, tant autour de l’Europe qu’au-delà. Il relève de l’intérêt direct des Pays-Bas de contribuer à la stabilité internationale. Nous apportons notre soutien inconditionnel aux militaires néerlandais qui, parfois dans des circonstances extrêmes, s’engagent pour cette cause.

Le Royaume des Pays-Bas siège jusqu’au 31 décembre 2018 au Conseil de sécurité. Dans ce rôle, nous nous employons à moderniser l’organisation et les missions des Nations unies ainsi qu’à favoriser la prévention des conflits. La coopération néerlandaise au développement s’appuie sur une combinaison éprouvée d’aide et de commerce. Nous nous intéresserons d’encore plus près et accorderons des ressources supplémentaires à l’aide aux réfugiés, à leur accueil dans leur région d’origine, à l’éducation dans les pays en développement et au soutien dans la réalisation des objectifs climatiques.

Nos plus proches partenaires sont ceux de l’Union européenne, avec lesquels nous coopérons en faveur de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité de tous les habitants des États membres. L’adhésion à l’UE donne davantage de poids à notre pays dans un monde où les rapports de force évoluent et où les anciennes alliances perdent de leur évidence. Il est de notre intérêt que l’Europe continue de s’engager collectivement en faveur du libre-échange et contre les menaces de taxes à l’importation et de toute autre barrière commerciale.

Pour l’Union européenne, 2019 sera une année chargée avec le renouvellement de la Commission et un Brexit encore imprévisible. Le gouvernement néerlandais maintient son orientation positive pour œuvrer à une UE meilleure, qui se consacre à ses missions fondamentales et respecte ses engagements. Ensemble, nous devons approfondir encore le marché intérieur et renforcer l’euro. Ensemble, nous défendrons ardemment l’état de droit. Et ce n’est qu’ensemble que nous pourrons nous atteler à résoudre les troubles aux frontières extérieures de l’Europe et la problématique migratoire.

Dans le cadre des affaires du Royaume, la reconstruction de Saint-Martin, de Saint-Eustache et de Saba est la priorité après les deux ouragans dévastateurs de 2017. Plus de 600 millions d’euros y seront affectés durant les prochaines années. Nous travaillerons à des améliorations concrètes avec les gouvernements de Curaçao et d’Aruba. Nous encouragerons par exemple les entreprises néerlandaises à investir à Curaçao et soutiendrons les efforts en faveur de l’aide à la jeunesse à Aruba. Le corps de garde-côtes commun joue un rôle déterminant dans la maîtrise des flux migratoires et le maintien de l’ordre. À Bonaire, Saint-Eustache et Saba, le gouvernement prendra des mesures concrètes pour faire reculer la pauvreté. Les charges patronales seront abaissées de 5 % aux Pays-Bas caraïbes, ce qui permettra d’augmenter d’autant le salaire minimum et les allocations. Un montant de 30 millions d’euros sera en outre affecté à la lutte contre la pauvreté, aux infrastructures et au développement économique. Nous continuerons ainsi à donner forme à un Royaume solidaire.

Mesdames et messieurs les membres des États généraux,

Il y a cent ans avaient lieu aux Pays-Bas les premières élections après l’introduction du suffrage universel masculin et de la représentation proportionnelle. Les courants traditionnels perdaient du terrain, les clivages hérités du compartimentage socioreligieux étaient plus marqués que jamais et, tant à gauche qu’à droite, apparaissaient de nouveaux groupes parlementaires, souvent petits. Installé en septembre1918, alors que la Première Guerre mondiale touchait à sa fin, le gouvernement confessionnel sous la conduite de Charles Ruijs de Beerenbrouck était soutenu par exactement la moitié des membres de la Chambre des représentants. Il est néanmoins parvenu à des améliorations essentielles avec l’adoption de la journée de travail de huit heures et du droit de vote des femmes. C’est grâce à lui que nous pouvons célébrer en 2019 le centenaire du droit de vote pour tous les Néerlandais.

Chaque période charnière est unique, mais il est peut-être permis de faire simplement un parallèle avec le présent. Le gouvernement est conscient que la mise en œuvre de l’accord de coalition ne s’appuiera sur aucune forte majorité automatique. Il existe en revanche une tradition néerlandaise qui veut que nous bâtissions ensemble et pas à pas un pays toujours plus solide. Le gouvernement entend agir dans l’esprit de cette tradition, avec vous et tout un chacun dans notre pays.

Notre régime démocratique vous confère à cet égard une responsabilité particulière, mesdames et messieurs les membres des États généraux. Puissiez-vous remplir votre mission en sachant que beaucoup vous souhaitent la sagesse nécessaire et se joignent à moi pour prier que vous soient données la force et la bénédiction de Dieu.

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